Dans la chambre modeste, logement d'employé d'hôtel, Elise, songeuse, assise sur le bord du lit, repense aux paroles de son amoureux.
Amoureux d'elle, peut-être. Comment savoir s'il est vraiment épris d'elle ? Quand il la regarde, elle se sent belle. Elle voit aussi du désir. Elle, elle en ressent également. Je lui ai dit « oui » trop vite, pense-t-elle, je ne sais pas me faire désirer. Je cède trop facilement mais je ne peux pas résister à ses yeux brûlants. La première fois, je me souviens de ses gestes maladroits, de mes mains tremblantes déboutonnant mon chemisier. L'herbe était un peu froide et humide. Puis ensuite, je ne me souviens que de la chaleur de ses mains et de ses baisers. Hum, je me sens toute chose rien que de revivre la scène.

L'homme marche dans la rue à grand enjambées, la chaîne accrochée à son pantalon claque à chaque pas. Sa veste constellée de clous est ouverte sur un t-shirt décoré de la figure grimaçante d'un clown agressif. Carine regarde cet homme qui arrive au loin et s'amuse des efforts des gens pour se pousser et ne pas le regarder. Le style agressif du rebelle lui donne comme un bouclier d'invisibilité factice.

Tu es sur la plage...

Tu es sur la plage, seule sous ton parasol, comme d'habitude...
Tu regardes les vagues se balancer doucement à l'infini dans des tons différents de bleu. Tu vois le soleil posé sur la ligne d'horizon comme une demie tranche d'orange... ça te donne soif... Tu sors ta bouteille de coca et tu bois quelques gorgées au lieu de commencer à écrire un poème sur la mer...
Les vacances en solitaire, tu connais, ça ne te requinque pas, pas du tout même ; il y a plein de gens en vacances mais tu ne remarques que les groupes qui s'agglutinent entre eux et font comme s'ils ne te voyaient pas... Tu n'existes pas, tu n'as ni face ni corps...

Pour parler du silence, je commencerai par une citation. C'est la traduction d'une petite BD de Quino bédéiste argentin, père de Mafalda, jeune fille sans âge, lucide, directe et drôle.

Mafalda : - Pourquoi je dois le faire ?
La mère : – Parce que je te l'ordonne et que je suis ta mère !
Mafalda : - Si c'est une question de titre, je suis ta fille, et nous avons été titularisées le même jour, non ?