Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des braves gens
Qui fait la chasse à l’enfant.

Jacques Prévert a écrit ce poème dans les années 30 après une véritable chasse à l’enfant.

A Belle Ile en mer il y avait une maison de redressement, une prison pour enfants où, pour leur bien, ils étaient mal logés, mal nourris et maltraités. Les actes de violence, les sévices et la torture étaient à l’ordre du jour. Un jour 56 d’entre eux se sont évadés, la chasse a été ouverte. Tous les habitants, tous les touristes y ont participé. Un seul n’a pas été retrouvé : L’enragé : le héros et le titre du livre de Sorj Chalandon, d’après une histoire vraie.

Ces trois vers m’inspire une autre histoire

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Les murs de la maison de redressement sont très hauts, ils sont rehaussés par des tessons de verre. L’ado aimerait bien voir ce qu’il y a derrière ce mur. Il y a été amené un soir après avoir fait une ultime bêtise. Il n’avait pas vu où on l’emmenait.

La cime des arbres qu’il voit lui indique qu’il est en forêt. Il regarde les oiseaux qui passent d’un arbre à l’autre et qui chantent joyeusement. Il aimerait être un oiseau, être aussi libre et il ne l’est plus. Il ne l’est plus pour pas grand-chose.

Quand la frustration était trop grande, quand sa mère le malmenait, quand son père buvait, il piquait un peu d’argent dans leurs porte-monnaies pour se faire plaisir, s’offrir quelques minutes de bonheur. Parfois il piquait directement dans les magasins ce qui le tentait. Il voulait se faire du bien tout en sachant que ce n’était pas la solution, que c’était mal.

Il a eu des avertissements, des gardes à vue, mais il n’était pas amendable il ne changeait pas car son milieu familial ne changeait pas. Au contraire ses parents lui étaient de plus en plus hostiles. Son esprit était torturé. Faire bien pourquoi ? Faire mal, il savait pourquoi.

Maintenant, il a 15 ans et il est enfermé car il a fait le mal. Il cherche une manière de s’échapper de cet endroit où la maltraitance est quotidienne pour le bien des condamnés, pour les dresser, les forcer à être meilleurs, pour devenir des citoyens responsables.

Un jour qu’il longe une fois de plus le mur de l’enceinte qui ne présente aucune faille, il arrive près de la grande porte sécurisée et il observe encore une fois l’impossibilité de la franchir. Soudain, la porte se met à coulisser pour laisser passer un fourgon qui amenant un autre pensionnaire qui fait grand bruit. Tous les matons sont sur le qui vive et ne font pas attention à lui. Il se faufile derrière le fourgon et il fuit. Il court tentant de mettre le plus de distance possible entre lui et le mur, entre la liberté et l’enfermement. La forêt est épaisse, la progression est difficile mais les ronces ne sont pas pires que les coups de matraque.

Soudain il entend la sirène de l’établissement rugir. Il ne sait pas où il va mais il continue. Il entend les cris des matons, les aboiements des chiens. Son cœur bat au rythme de : Bandit ! Voyou ! Voleur Chenapan ! On va te rattraper. Bandit ! Voyou ! Voleur Chenapan ! On va te renfermer.

Après une dernière chute les chiens le rattrapent, le maintiennent au sol avec leurs crocs. Les matons arrivent, en hurlant ils le menottent et le trainent sans ménagement. Arrivés à la prison, il est battu copieusement et jeté en cellule d’isolement inconscient, laissé sans soin.

Le lendemain. il est toujours tel qu’ils l’ont laissé, il n’a pas bougé. Sa respiration est faible, il n’a plus envie de lutter, plus envie de vivre. Il est transporté à l’infirmerie, son pouls est fuyant, sa respiration ressemble à un râle. Il est en train de mourir. Les matons ont appelé sa mère pour qu’elle vienne le voir. Sans empressement elle est venue. Il a conscience que sa mère est présente, il espère un peu de réconfort mais il entend : oui c’est bien l’enfant que j’ai mis au monde il y a 15 ans, mais il a fait trop de conneries, je n’ai plus de fils.

Sa vie tenait à un fil, à une bonne parole de sa mère, à un peu de compassion, mais il n’est plus personne. Alors laissant son corps sur le lit, il part par le vasistas entrouvert. Maintenant il vole. Aigle ou roitelet, il vole, il est libre, il est heureux.

Les parents n’ont pas déposé plainte pour violence et meurtre, les matons ont continué à faire le bien dans leur établissement.