C’est fou ce qu’on peut être machinal, c’est comme si la voiture dirigeait Marie plutôt que le contraire. Elle devait s’arrêter chez Delphine qui est en voyage pour relever son courrier et arroser ses plantes et la voilà presque arrivée chez elle dans une cité proche de la ville. Il y a trop de trafic pour qu’elle puisse faire demi tour alors elle continue. Rentrée chez elle, elle se fait un repas léger avant de redescendre en ville. C’est une agréable soirée de septembre, la lumière est belle, le soleil descend tranquillement derrière le Jura, Marie se sent sereine et presque aussi lumineuse que la soirée.

Peu avant de quitter la cité elle voit, au bord de la route, un homme en bras de chemise qui lève le pouce. Ce ne serait pas la première fois qu’elle prendrait un homme qui fait du stop et elle n’a jamais rien risqué à part l’intoxication avec la fumée d’un fumeur à une époque où les non fumeurs n’osaient pas s’imposer. Marie s’arrête et l’invite à prendre place. Très vite, il engage la conversation : il a aidé sa sœur à déménager, sa voiture est tombée en panne et en allant prendre le bus pour retourner chez lui il a eu l’idée de tenter sa chance en levant le pouce. Maintenant il est bien content que Marie se soit arrêtée car il va gagner un peu de temps et c’est plus confortable, il n’est pas fan des TPG. « Heureusement c’est un non fumeur » se dit Marie.

En chemin ils voient un garage qui vend de vieilles voitures, l’homme demande à Marie :
- Vous aimez les vieilles voitures ?
- Vieille ou moins vieille, ce que je demande à une voiture c’est de me conduire d’un point A à un point B sans passer trop souvent par la case mécano.
- J’aime bien les vieilles voitures, surtout les retaper et bien sûr ensuite rouler avec.
La conversation continue :
- Vous conduisez bien dit-il et il a le bon goût de ne pas ajouter « pour une femme ».
« Je sais que je me débrouille bien sur la route, je n’ai pas besoin de son appréciation » pense Marie.
- En fait vous aller jusqu’où ? parce que je ne suis pas pressée et si vous n’habitez pas à l’autre bout de la ville je vous pousse un bout plus loin que ma destination.
Il n’habite pas trop loin et elle le conduit à son adresse où il la remercie. Il se présente et veut lui offrir un café, mais pas maintenant car il a d’autres obligations mais un autre jour si elle accepte un rendez-vous.
Marie répond :
- Vous savez je peux rendre service sans qu’on me dédommage, je vous souhaite une bonne soirée !
Il insiste gentiment et Marie accepte le rendez-vous en se disant que s’il veut absolument un rendez-vous il l’aura mais qu’elle ne sera pas obligée de l’honorer. Elle a déjà fait le coup deux fois pour se débarrasser d’hommes insistants et pas forcément plaisants. Celui-là elle ne l’a pas vraiment regardé car en l’occurrence, c’est la route qu’elle regardait puisqu’elle conduit bien…

L’homme quitte la voiture tout content. Marie passe chez Delphine et pendant qu’elle arrose les plantes et enlève les feuilles sèches, elle aère l’appartement. Elle pose le courrier sur la table en séparant la pub du courrier important facilitant ainsi le tri que son amie ne manquera pas de faire à son retour et elle rentre chez elle pour la seconde fois de la journée et oublie l’homme. Cette soirée de septembre offre encore une belle lumière bien que le soleil soit déjà couché.

Le jour du rendez-vous elle voit l’homme de loin : « zut je l’avais oublié celui-là, il est encore temps de prendre un autre chemin et de lui faire faux bond. Eh arrête de faire ta sauvage vas-y et s’il est ennuyeux tu rateras de deuxième rendez-vous ».

- Bonjour, ça fait plaisir de vous voir, dit-elle faussement en l’accostant car en réalité ça l’ennuie un peu.
Il lui fait la bise, très vite lui demande s’il peut la tutoyer puis lui propose la terrasse d’une pizzeria.

Les gens boivent rarement un verre sans se parler, donc ils devisent. Il lui parle de ses hobbies l’interroge sur le siens, lui parle son travail et veut connaître le sien. Marie se fait sociable et accepte la conversation mais quand il lui demande si elle aime marcher et si dimanche elle aimerait faire une excursion, l’esprit de Marie se fait happer et elle se dit qu’il pourrait y avoir éventuellement un deuxième rendez-vous. Pour voir.

En réalité, cette excursion a été la première d’une longue série qui n’est pas finie et le début d’une histoire d’amour qui comme toutes les histoires d’amour qui durent, a évolué…