Cassandre de Vermenou marche le long du canal silencieux. Aux environs de Corbigny, elle a rejoint des amis dans une propriété qui jouxte le canal du Nivernais.
Madame de Vermenou avance doucement sur le chemin de halage. Elle est perdue dans ses pensées. Elle parait énervée, indignée et même un peu furieuse.
« Ils ne me croient jamais. » Se répète-elle !
La touffeur de l’après-midi et son état lui rougissent les pommettes. C’est l’été !

***
Au loin, une péniche approche lentement sur l’eau verte entre les berges étroites du canal.
***
Au déjeuner, Cassandre de Vermenou a raconté à ses amis cette aventure qu’elle vient de vivre à Deauville avant de quitter la Normandie pour les rejoindre.
Elle a rencontré un homme qui ressemble comme deux gouttes d’eau au baron Charlus.
Même prestance, même physionomie, même ton de voix. Une chose pourtant diffère de la lecture adolescente de Madame de Vermenou : son accoutrement. Le baron a enfilé un jean, passé un tee-shirt immaculé de basketteur qui lui tombe à mi-cuisse. Il a coiffé une casquette rouge de rappeur, la visière sur le côté. Il a le teint hâlé d’un homme qui passe son temps à musarder le nez au vent. Et il a l’air insouciant, presque indolent. Sous son nez, une moustache frise. Ses yeux ! Se souvient Cassandre ! Des yeux aux éclats d’émeraude. Des yeux qui ensorcèlent !
L’assemblée réunie au déjeuner s’est esclaffée. Des regards convenus se sont échangés. Les coudes ont joué.
« Vous ne me croyez jamais et pourtant… » a laissé tomber Cassandre.
Furibonde, elle a jeté sa serviette brodée dans son bol de fraises à la crème et s’est éloignée à vives enjambées vers le canal tandis qu’un ange, incrédule, passait !
***
La péniche s’est rapprochée. Elle lance un léger petit coup de trompe dans l’air chaud de l’après-midi.
Cassandre sort de sa rêverie.
Les flancs du chaland fendent l’eau calme du canal. « Pégase » est peint en lettres d’or sur les deux côtés de la proue.
Cassandre s’immobilise pour regarder l’esquif avancer. D’où elle est, Cassandre voit que les panneaux de la cale sont ouverts. Le bateau ralentit. De l’intérieur de la péniche monte une clameur. Sur la berge, Cassandre se fige surprise. Des entrailles béantes sortent des diables, des marquises, des soldats en tenues d’apparat, des créatures en haillons, des boulangers enfarinés, des êtres à tête de cerf, un homme avec un long cou de girafe, des satires martelant le pont de leurs sabots, une fée envoyant des étoiles étincelantes avec sa baguette lumineuse. Un loup affiche un sourire aux dents aiguisées, et un chaperon rouge le suit, accompagné de chérubins décochant des flèches multicolores. Les clameurs se poursuivent, la danse est effrénée.
Cassandre a sorti un petit appareil à photos instantanées. Elle immortalise cette scène incroyable.
Les créatures tournoient, sautent, s’enlacent.
La longue péniche s’éloigne doucement. L’ombre de la cale avale ce fantastique équipage.
Cassandre de Vermenou reste longtemps bouche bée, suivant les remous qui se forment à la poupe du bateau. Il finit par disparaître dans une courbe, happé par les arbres plantés en bordure du chemin de halage.
***
Cassandre de Vermenou, troublée, vacillante, poursuit sa promenade. Le temps file comme les rides sur l’eau. La fraicheur du soir effleure le visage de Cassandre. Il est temps ; elle rebrousse chemin.
Le soleil a gagné le ponant, et pique les peupliers de petites étoiles orangées. Cassandre regagne la demeure où elle séjourne avec des amis.
***
Devant la maison, dans le jardin, la table est dressée pour le diner ; des bougies sont allumées dans des photophores disposés sur une nappe blanche. Leurs lumières tremblotantes indiquent à Cassandre le chemin à suivre.
Elle se sent légère. Elle est guillerette, enjouée. Son trouble a disparu. Elle se prépare à raconter à ses amis son aventure de l’après-midi.
Ils ne la croiront pas, personne ne prête jamais de crédit à ses histoires fantasques.
On ne peut pas la croire, elle, Cassandre de Vermenou dont l’apparence, l’allure ne cesse de surprendre et d’amuser.

Est-elle « vraie » d’ailleurs avec ses tenues vaporeuses, son fin profil, son teint frais, son allure insouciante, elle, Cassandre de Vermenou, qui semble sortir tout droit d’un pastel du dix-huitième siècle.

Mais ce soir, ses amis la croiront car…
Elle sort de sa poche un petit rectangle de carton blanc et montre à ses amis la face de l’instantané ; noire et vide !
Pas croyable !

 

50 ans

 

Ce dimanche c’est mon 50ème anniversaire et si je fais le bilan de ma vie, j’ai une sensation de vide, comme si une partie de moi était en hibernation.

La crise de la quarantaine que j’ai traversée a été dévastatrice, j’ai fait un sacré ménage dans ma vie et une belle grosse remise en question.

En effet, après avoir élevé mes deux enfants et chouchouté mon mari, je me suis rendu compte que je m’étais perdue au milieu de leur vie, de leurs attentes. Je dirai même que je me suis noyée dans leur nombril. Cela m’a pris des années pour claquer la porte de la maison, j’en ai été surprise moi-même. Je les ai laissés à la vie parfaite qu’il aurait eue sans moi.
Je les ai débarrassés de la sorcière des affaires qui trainent, de l’adjudant de l’emploi du temps et j’en passe.

Cela fait maintenant quelques années, huit pour être exact, que je me suis installée dans un petit nid douillet, pas trop grand, mais décoré à mon image. Un immense canapé écru trône dans le salon, sans aucune tâche de chocolat, où les coussins sont toujours à leur place. Un grand tapis couleur taupe, avec des très longs poils, sans aucune miette de biscuits ou de chips qui se cachent dedans. Aux murs, des tableaux d’arbres et de fleurs dans dans des couleurs pastels. Des bougies sont disposées partout et je m’offre chaque semaine un ou deux bouquets de fleurs, une vieille habitude de famille. Le frigo est toujours rempli et ce qui m’impressionne encore, c’est que tout reste à sa place.

Plus besoin de faire face au conflit après ma journée de bureau et j’apprécie le calme retrouvé de cet endroit. Vous devez me trouver extrêmement égoïste, mais je m’en fous. J’ai rempli ma part du contrat et j’ai souvent ce sentiment amer que certain n’ont pas accompli la leur. C’est une question de point du vue.

C’est l’âge où la plupart d’entre nous avons accompli notre rôle de mère et amené notre progéniture à leur fameuse indépendance. Après des années de travail, notre situation financière, nous permet enfin de nous offrir des plaisirs qu’on n’osait pas espérer à 20 ans et j’ai envie de rajouter que nous n’avons a plus rien à prouver à personne.

Bon, je vous l’avoue quand dans ma petite vie bien rangée il y a une ombre au tableau. La solitude du quotidien. Eh oui il me manque quelqu’un à aimer, avec qui partager. Même si je sors régulièrement et je passe la plupart de mon temps avec des collègues ou des amis, je m’ennuie un peu de retour dans mon cocon. Si je me suis autant battue pour retrouver la femme qui était en moi, c’est bien pour la partager avec quelqu’un.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mes amies et moi sortons souvent, nous fréquentons des cercles d’activités différentes pour élargir notre réseau. Mais rien de rien à l’horizon, même pas une occasion manquée. Elles avaient décidé de trouver mon prince charmant, elles m’ont donc organisé des rendez-vous avec leurs amis célibataires, m’ont inscrite sur des sites de rencontre. Je me suis même retrouvée sur un bateau de croisière, un comble pour une personne qui a le mal de mer. J’ai d’ailleurs détesté tous ces rendez-vous arrangés.

Quand je disais qu’on n’avait plus rien à prouver à cinquante ans, je me suis peut être trompée sur ce point. Pourtant, depuis que j’ai quitté mon costume de mère, d’épouse, de femme de ménage et de cuisinière, je me soigne. J’ai retrouvé l’apparence et l’éclat, de la femme que j’étais. Certaines de mes rides on disparu, celles de la sorcière sûrement, mes traits se sont radoucis, ça c’est l’adjudant qui s’est en allé et j’ai perdu quelques kilos grâce au temps que j’ai retrouvé pour m’occuper de moi. Donc je ne suis pas encore à jeter.

Je sais que mes copines me préparent une fête d’anniversaire ce soir, ce n’est pas une surprise et je suis même contente de revoir tous mes amis lors de cette soirée. J’aurais juste voulu être accompagnée. Franchir ce cap qui est important pour moi. Un passage difficile dans la vie d’une femme.

Si je vais chercher au plus profond de moi, je crois que je n’ai jamais vraiment oublié Nathan. Après toutes ces années passées sans lui, je n’ose m’avouer que c’est lui le seul homme de ma vie, le père de mes enfants. Il a bien essayé de m’approcher et de discuter quelques fois, mais rien n’y a fait. Je me suis protégée en dressant de grands murs d’indifférence autour de moi. Tous ces mots n’ont fait que ricocher sur moi pour ne plus m’atteindre. J’ai ajouté à cela le silence pour ne plus souffrir ce qui, à la longue l’a découragé. Dans mes moments de lucidité, je sais que ce n’est pas lui en tant qu’homme que j’ai quitté, ni mes enfants mais c’est la femme qu’ils m’ont laissé devenir dont je voulais me débarrasser. Je crois qu’avec le temps, elle s’est en allée avec toute son amertume, sa colère et ses regrets.

Je fais encore un petit crochet par la salle de bain, dernières retouches de maquillage. En passant devant le miroir de l’entrée, j’observe ma silhouette et j’aime celle que je vois. Je me sens bien et heureuse.

Mes amies vont venir me chercher dans quelques minutes pour une superbe soirée en l’honneur de mes 50 printemps.

Quand la sonnerie retentit à la porte, c’est sans surprise que je l’ouvre en prenant mon sac et mon foulard au passage.

Soudain lorsque je lève les yeux, je me retrouve là, plantée comme une potiche, plus un mot ne sort de ma bouche et mon cœur bat la chamade. J’ai l’impression que mes jambes se dérobent, qu’elles ne veulent plus soutenir mon corps, je ressens des fourmillements dans le bas de mon ventre, vous savez tous ces petit maux qui s’en prennent à vous quand vous êtes en face de l’être aimé.

Nathan est là dans l’encadrement de la porte, du haut de ses un mètre quatre-vingt, avec un sourire aux lèvres, dans un magnifique costume en lin. Il a vieilli, il porte une barbe de quelques jours, ça lui va bien. A la main il a un bouquet de fleurs, des pivoines, mes préférées.

Il me tend son bras et m’emmène avec lui. Ce soir, je serai accompagnée.

 

 

 

 

C’est ici que j’ai décidé de livrer le plus grand combat de ma vie. J’ai loué cette petite maison au bord d’un petit lac entouré de verdure dans le sud où la chaleur pourra me réchauffer le cœur et le corps.
Hier matin j’ai quitté tout ce qui me rattachait à ma vie d’avant. Mon mari, mes enfants, mon travail et mon foyer.

J’ai emmené avec moi quelques objets et des photos pour ne pas oublier totalement qui je suis et d’où je viens. Evidement, il y a une photo de ma mère et de mon père, ils ont livrés, il y a maintenant quelques années, ce même combat, qu’ils ont malheureusement perdu. Quand je pense à eux, j’ai les yeux qui brûlent et mon cœur qui se sert. Ils me manquent énormément. Malgré la douleur figée sur leur visage et leur corps affaibli par la maladie, malgré cette souffrance d’être impuissant, le sentiment qui reste gravé en moi c’est l’amour. Les moments partagés avec eux au crépuscule de leur vie ont été remplis de bienveillance, de respect, de tendresse, d’attention et de douceur. Difficile à accepter, mais sans la maladie jamais nous n’aurions partagé des instants avec autant d’intensité. C’est cela que je retiens de ces photos que j’ai accrochées partout dans cette petite maison qui est devenu la mienne pour un temps.

Sophie, ma meilleure amie, m’a accompagnée comme une guerrière. Elle n’a pas pu se résoudre à me laisser seule face à ma détresse. Vous pouvez penser ce que vous voudrez, effectivement quoi de mieux que d’être accompagnée par ses proches dans des moments comme ceux que je m’apprête à vivre. En ce qui me concerne, j’ai depuis des années l’impression que mon entourage me grignote petit à petit. Ils puisent en moi l’énergie qu’ils ont besoin pour avancer et me laisse sans un regret sur le carreau. Ils ne leurs est jamais venu à l’idée que la source n’était pas intarissable et que la montagne que j’étais pouvait un jour s’effondrer.

Aujourd’hui je suis ici, là et maintenant avec mon corps meurtri, rongé par une maladie dont je connais que trop bien les ravages qu’elle peut faire. Toute mon attention doit se focaliser sur le combat que je dois mener et gagner. Car il n’est pas question que je la laisse s’immiscer dans mes entrailles et prendre possession de mon corps comme bon lui semble.

Cet endroit que j’ai trouvé sera mon havre, ma bulle qui me protégera de toute distraction extérieure. J’attends des arbres leur énergie pour m’aider à combattre, de l’eau le calme qui tempérera mes humeurs, du soleil la chaleur qui réchauffera mon âme, des fleurs l’odeur qui couvrira celle de la maladie et des oiseaux leurs mélodies pour égayer mes journées. Sophie m’apportera l’amour et le réconfort que j’aurai besoin.

Assise confortablement dans un grand fauteuil, j’observe le paysage qui m’apaise. Je porte à mon cou le collier que ma fille ‘m’a glissé dans la main avant que je m’en aille. Je le caresse de mes doigts en espérant que je la reverrai bientôt. Je n’ai pas de rancœur ni de colère envers mes proches. J’ai essayé de leur expliquer du mieux que j’ai pu les raisons pour lesquels je devais faire se chemin seule. Je ne voulais prendre aucun risque, une guerre ça se réfléchit, se prépare, on met en place une stratégie. C’est ce que j’ai fait, au détriment de ma famille peut être, mais quelque part si tout se passe comme je l’ai prévu, ils me retrouveront. La façon dont je leur ai annoncé ma maladie et mon départ est discutable, je vous l’accorde. A force d’être trop occupé par leurs petites vies, ils n’ont pas vu la perte de poids, ni la fatigue toujours plus pesante et présente. Ils n’ont pas porté d’intérêt à la fréquence des rendez-vous de médecin et les examens dont je faisais l’objet.

Allez, allez, encore cette carte posée sur la table que je désire leur faire parvenir. Trouver les mots pour leur dire que je les aime , qu’ils sont toute ma vie avant que le poison ne coule dans mes veines et dépose une brume dans mon cerveau et sur mes souvenirs.

Sophie dort dans le hamac près de l’Olivier. Sa respiration régulière me rassure. Je ferme l’enveloppe. Maintenant je suis prête.

Plume / 09.12.2017

Pierrot et Lucette sont assis sur des pliants de camping au bord de la route qui sinue en suivant le cours de l’Aubois.
Sur les berges de cette petite rivière Berrichonne, deux pêcheurs à la ligne somnolent allongés dans l’herbe. C’est la fin du mois de mai, les premières abeilles fredonnent en faisant des allers et venues sur les fleurs. Des martin-pêcheurs happent en un éclair bleu acier les éphémères dansant à la surface du cours d’eau. Le silence est à peine troublé par les vaches qui broutent dans le champ voisin.
Ces vaches attendent aussi.
Un voisin pêcheur allume une radio à transistors. Un petit air d’accordéon nostalgique s’envole et Bourvil qui se demande comment se nomme « ce petit bal perdu », sans arrêt, car il lui rappelle, dit la chansonnette, le bonheur au milieu des gravats juste après la guerre.
« Les vaches aussi s’appelaient ! »
Pierrot s’est rapproché de Lucette, il la serre contre lui.
Se souvient-elle de « notre petit bal perdu où l’on s’est connu, nous avons dansé sur cette chanson ».
« Nous nous sommes embrassés sur les quelques notes de guitare égrenées à la fin » se souvient Lucette émue.
Pierrot- « nous étions insouciants, on a bu dans le même verre ».
Et Lucette- « on a tourné, tourné, les yeux dans les yeux, comme dans la chanson ».
« Quelle importance le nom du bal perdu, la nuit fût merveilleuse, pleine de lumière, et c’était bien. »
Dans le poste de radio, l’accordéoniste replie le soufflet de son instrument.
Le silence attend.
Soudain, des hauts parleurs vocifèrent au loin une autre chanson à la mode : « Les jolies colonies de vacances, merci papa, merci maman … » La ritournelle arrive dans une camionnette bariolée, bientôt suivie par d’autres autos rutilantes, décorées de réclames pour du saucisson, de l’apéritif, des boyaux pour les vélos. Les voitures ralentissent, pour distribuer des casquettes, des fanions, et des bonbons multicolores, et aussi un peu de poussière.
Le silence de nouveau, puis Lucette crie. « Les voilà, regarde y’a Fouché, Giménez, Bond et Taylor sont devant… »
En trente secondes, le silence retombe sur la campagne.
Lucette a les joues comme une pomme d’amour, Pierrot rêvasse encore au petit bal perdu, à l’insouciance. Lucette prend Pierrot par la main. Après avoir replié les sièges bleu et rouge, elle lui claque une bise sur la joue. « T’es content mon Pierrot. » Pierrot sourit béatement et plonge ses yeux dans ceux de Lucette. Il la serre contre lui tendrement.

Une petite chanson trotte encore dans sa tête.

Décision à prendre

Eliane doit résoudre un dilemme : prendre la décision d’aller ou de ne pas aller à la sépulture de son beau-père, le mari de sa mère.
Pourquoi se pose-t-elle cette question ? Parce que, depuis 5 ans, elle n’a plus revu ni sa mère, ni ses deux sœurs et encore moins son beau-père. Ils se sont fâchés, bien entendu, à propos d’une histoire d’héritage. A la sortie de l’entretien de chez le notaire, chacun est parti de son côté. Enfin, seule, Eliane, est partie, seule, dans sa propre voiture et le reste de la famille, dans la voiture familiale. Et depuis, silence radio…
Alors, faut-il le décès d’une personne pour renouer le contact ? Eliane n’est pas certaine. Elle n’a encore eu aucune communication directe avec un membre de la famille. Elle a appris la nouvelle en écoutant son répondeur. On ne peut pas dire que ce fut une surprise agréable et plaisante d’entendre la voix froide de sa demi-sœur lui résumer en deux phrases la situation.
Malgré tout, elle pense à sa mère qui doit être dans tous ses états, complètement bouleversée. Retrouver son mari, étendu sur le sol, mort ! Ce genre de circonstance s’apparente plus à un choc brutal. Celui-ci vous saisit, vous pétrifie, vous laisse sans voix et peut même aller jusqu’à la catatonie
Eliane ne connait pas encore tous les détails. Apparemment, sa mère a pu se ressaisir et appeler les pompiers qui ont déclaré qu’il était décédé dans la nuit. Elle, l’aînée des filles, elle devrait peut-être oublier ses rancœurs pour un moment, ranger en arrière-plan dans sa tête toutes les vilénies entendues et finalement, faire le premier pas. Oui, à la limite mais comment va réagir sa mère ?
Eliane se sent vraiment tiraillée. Sa générosité, sa gentillesse la poussent à la réconciliation, lui feraient plutôt choisir d’assister à l’enterrement et puis, de retourner à la maison familiale. Elle sursaute, le téléphone vient de sonner.
« - Allô, c’est tata Monique ». Ah, quelle surprise ! Sa tante, la sœur aînée de son beau-père. Elle la considère comme une vraie tante et garde en souvenirs d’enfance de magnifiques vacances d’été et d’hiver, passées chez elle à la montagne. Cette fois-ci, c’est une surprise agréable, même fort sympathique. Cependant, sa voix tremble légèrement quand elle répond. Oui, elle sait. Ah, oui pourtant elle hésite. Pourquoi elle hésite ? Parce qu’elle n’a aucune idée de comment vont réagir sa mère et ses sœurs quand elle se retrouvera en face d’elles. Elle ne lui dit pas qu’en fait, elle a peur d’éventuelles disputes, des cris qui vont suivre ou de se prendre, tout simplement, la porte au nez.
Puis sa tante lui dit : « Ta mère t’attend. » Ces trois mots atteignent directement son cœur, la corde sensible d’Eliane. La tante continue : « Si tu veux, je serai présente demain après-midi. Nous descendons pour deux heures. » Cela la rassure, en effet, elle confirme qu’elle viendra.
Elle raccroche et s’aperçoit que ses mains, comme l’était sa voix, sont agitées de tremblements. Elle est heureuse d’avoir eu sa tante au téléphone et surtout que cette conversation téléphonique ait finalement tranché.